La Côte d’Ivoire au rythme de la musique électronique

La musique électronique a le vent en poupe en Côte d’Ivoire. Des initiatives commencent à voir le jour pour faire découvrir ces nouvelles sonorités aux Ivoiriens,  dans un pays où le coupé décalé et le zouglou sont rois.

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Image Flickr. Charles M.

Rendre la musique électronique populaire en Côte d’Ivoire, c’est le défi que se sont lancé l‘Espagnole Paola Bagna et sa collaboratrice ivoirienne Isabelle Guipro. Paola, âgée de 35 ans, est architecte. C’est au cours de six années passées à Berlin, en Allemagne, qu’elle est devenue adepte de la musique électronique. En 2015, elle part s‘installer, à Abidjan, la capitale ivoirienne.  C’est son travail d’architecte qui l’y conduit.

Par le biais d’amis communs, elle fait la connaissance d’Isabelle, 34 ans, qui est office manager, un métier dont la fonction est de coordonner et de supporter les activités entre la direction d’une entreprise et les employés. Paola Bagna transmet rapidement son enthousiasme pour la musique électronique à sa nouvelle amie et toutes les deux décident de créer l’association ELECTROPIQUE. Le but de cette nouvelle association est de faire connaître la musique électronique au public ivoirien. Pour atteindre cet objectif, Paola et Isabelle organisent  régulièrement des soirées et divers évènements se rapportant à la musique électronique.

L’association mise de même sur une présence sur Internet, notamment à travers la publication de ses activités sur les réseaux sociaux. On trouve, par exemple, sur les comptes Twitter et Facebook d’Electropique son agenda et ses rendez-vous électroniques. Paola nous dit plus sur Electropique et comment elle en est arrivée à vouloir promouvoir cette musique en Côte d’Ivoire.

« Electropique, c’est une plateforme de promotion de la musique électronique en Côte d’Ivoire. Tout s’est passé  en août 2015. Quand je suis arrivée en Côte d’Ivoire, j’ai remarqué que les Ivoiriens écoutaient plusieurs styles de musique , mais la musique électronique n’en faisait pas partie. Je me suis dit alors que c’était une bonne raison pour amener le public Ivoirien à embrasser le genre électronique »,  raconte-t-elle.

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Un Flyer d’électropique posté sur sa page Facebook

En Côte d’Ivoire, ce sont surtout les sonorités du coupé décalé et du zouglou qui enflamment les maquis, des lieux de restauration très populaires où on se rencontre pour échanger et discuter. Dans les bars climatisés ou encore les discothèques, on danse habituellement sous les titres d’artistes du groupe Magic System, ou de DJ Arafat.

Dans nos soirées, les gens demandent à écouter la musique électronique. Pas le coupé décalé

Malgré cela,  la musique électronique peut toutefois aussi attirer du public. Et les soirées organisées par Electropique commencent à connaître un certain succès. « De plus en plus de gens ont vu quand même le potentiel de la musique électronique et nous organisons de plus en plus de  de soirées. Cela veut dire que beaucoup de personnes s’y intéressent.  Et il y a une scène qui se développe »,  témoigne Isabelle. Sa collègue abonde aussi dans le même sens.

« Je crois que les Ivoiriens ont accueilli de manière positive la musique électronique. Quand ils viennent à nos soirées, il ne disent pas : ‘Est-ce que vous pouvez jouer du coupé décalé ?’  Non, les gens viennent pour écouter le style de musique que nous leur proposons. Ils viennent pour écouter et danser sur la musique électronique. Et ça c’est déjà très bien », soutient, de son côté, Paola.

Le nom Electropique, expliquent-elles, a été choisi pour faire la jonction entre la musique électronique et les tropiques africains. Mais Electropique ne s’arrête pas aux soirées dans sa quête de promotion de la musique électronique.

Mr Raoul K, Dj Ivoirien au parcours atypique

L’association organise aussi des concerts. En avril 2015, Electropique a réalisé un de ses but principaux en invitant à Abidjan Mister Raoul K, Dj ivoirien résidant en Allemagne. Son concert a attiré des centaines de personnes. Une affluence à laquelle l’artiste lui-même ne s’y attendait pas.

« J’étais vraiment surpris qu’au concert, il y ait eu plus de 600 personnes qui sont venues danser sur la musique électronique. Et ça c’est vraiment rare en Côte d’Ivoire parce que nous avons tendance à plus consommer ce que nous connaissons.  J’étais donc vraiment surpris dans le bon sens », confie-t-il.

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Mr Raoul K, lors de son concert à Abidjan

Mr Raoul K fait partie des rares Ivoiriens à mixer sur de la musique électronique. À l’origine, rien ne le destinait à cette carrière. Ebéniste de formation, il arrive en Allemagne en 1992 pour demander l’asile politique. Six ans plus tard, au festival de musique électronique Love Parade de Berlin, il découvre un genre musical qui le séduit immédiatement. Une passion qui ne l’a pas quitté jusqu’à aujourd’hui. À 40 ans, il est auteur de 3 albums et d’une dizaine de Singles. Il explique la touche africaine qu’il apporte à la musique électronique.

« Moi personnellement, j’utilise moins d’instruments européens. Quand je vais en Afrique, je ramène des balafons, je ramène des ngonis et des calebasses. C’est tout cela qui fait que ma musique diffère d’autres personnes », soutient l’artiste.

Et d’ajouter : « Jusqu’en 96-97, il n’y avait pas de kora, de ngoni, de sabar dans la musique électronique. Il y avait tous les trucs afros, mais on ne trouvait pas ce genre d’instruments dans la musique électronique. J’ai été le premier à instaurer ce genre d’instruments dans la musique électronique. C’est ce qui a fait que tout de suite les gens ont prêté l’attention sur Mister Raoul K parce que c’était quelque chose de nouveau. »

Il suffit d`écouter l’élément audio suivant pour avoir une idée du style de Mr Raoul K. Africa est un de ses Singles, dont la version qui suit a été remixée par Kuniyuki.

Les  promoteurs encouragés à investir les milieux populaires

L’arrivée de ce nouveau genre musical fait le bonheur de Frank Privat Gonné,  activiste culturel ivoirien et membre d’Arterial Network,  un réseau panafricain d’organisations et d’entreprises engagées dans la promotion du secteur créatif africain.

« J’accueille de façon positive la promotion de la musique électronique dans mon pays,  surtout que depuis 2005, l’UNESCO a adopté une convention pour la promotion des diversités culturelles.  C’est donc tout à fait normal que je puisse y adhérer au fait qu’une nouvelle forme de musique, de coopération culturelle dans l’échange musical Nord-Sud puisse se faire. C’est déjà une bonne chose pour à mon avis », se rejouit-il.

Cependant, à en croire Frank Privat Gonné, la musique électronique a encore un long chemin devant elle avant de conquérir le coeur de la majorité des Ivoiriens. Il invite, par ailleurs,  ses promoteurs à investir davantage dans les milieux populaires.

« Toutes les activités visant à promouvoir ce genre musical se font dans les lieux  branchés d’Abidjan. Le public populaire des quartiers d’Abidjan tels que Yopougon Abobo ou Adjamé n’a pas accès à cette musique là. Il faut donc ouvrir à tout type de public » exhorte-t-il.

 Sur le continent africain, c’est jusqu’à présent en Afrique du Sud que la scène de la musique électronique est la plus développée. Mais avec ces nouvelles initiatives, la Côte d’Ivoire n’est pas en reste et elle pourrait bien devenir le nouveau pôle d’attraction de ce genre musical en Afrique de l’ouest.

 

 

 

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