Accueil » Uncategorized » Escale chez Michael Jeismann, directeur de l’Institut Goethe Sénégal : ‘’ On ne peut pas raconter n’importe quoi sur l’Allemagne ’’

Escale chez Michael Jeismann, directeur de l’Institut Goethe Sénégal : ‘’ On ne peut pas raconter n’importe quoi sur l’Allemagne ’’

Image

Photo : Lore Kurtz

Il faut gravir cinq échelons pour rencontrer Michael Jeismann ou ‘’Michel’’ comme il nous le recommande gentiment au cours de notre entretien. Mais avant d’arriver à lui, au 4ème étage déjà c’est l’Allemagne qui nous accueille : le palier est destiné aux cours de langue.

APPRENDRE L’ALLEMAND A UN PRIX

Six salles, dont trois destinées à l’apprentissage constituent cet espace. Des dessins ornent les murets de l’endroit où les apprenants espèrent avoir une parfaite maitrise de la langue de Goethe. Au fond du couloir : la salle des professeurs. On discute entre amis dans une salle à la porte entrouverte.

‘’On a triplé le nombre d’étudiants qui apprennent l’allemand en deux ans’’, nous lance fièrement Michel, qui a pris fonction à la tête de l’institut dans la même période. Nous n’avons pas les chiffres, donc difficile de confirmer ou d’infirmer son propos.
Par contre, ce que nous savons, ce sont les prix fixés pour les cours. Il faut débourser environs 150.000frs CFA (soit 230 euros) pour espérer prendre part à une session de cours de langue qui dure 2 mois.

Le Sénégal qui selon les statistiques, fait partie des pays les plus pauvres de la planète et où plus de la moitié de la population vit avec moins d’1 dollar par jour, se payer des cours à ce prix s’apparente bien à s’offrir un luxe.

Un constat qui fait perdre au directeur son Français. Michel choisit donc la langue de Shakespeare pour tenter de répondre. ‘’It’s affordable’’ (c’est abordable), dit-il pour se défendre.
‘’Je trouve que c’est bon marché, poursuit-il, c’est une question d’investissement. Et puis nous devons payer la location, les professeurs et aussi l’électricité’’, lâche-t-il pour nous convaincre, derrière ses lunettes.

Mais ses arguments ne trouvent pas d’échos favorables auprès de Mamadou Sankharé. Cet artisan rencontré dans les couloirs de l’institut avec sa compagne Allemande attend les résultats de l’examen qu’il a passé le matin. Ce jeune d’une trentaine d’années connaît bien l’Allemagne pour y avoir séjourné à plusieurs reprises dans le cadre de ses expositions artistiques.
‘’Cette fois-ci je veux aller rester avec ma femme et on me demande d’avoir l’examen A 1. Je trouve que les prix sont trop chers’’, estime-t-il. Et sa femme d’ajouter : ‘’ Oui je trouve que pour les Sénégalais, c’est trop cher et c’est à peu près les mêmes prix qu’en Allemagne’’.

Mais le responsable du l’Institut met un bémol aux coûts qu’ils pratiquent. Il explique que 60% du budget de fonctionnement de son Institut provient du ministère fédéral des Affaires étrangères de son pays. Les 40% restants, à l’en croire, découlent de leurs propres fonds. Des fonds principalement constitués par les retombées des cours de langue.

‘’Même si c’est cher, ça en vaut la peine’’, répond Momar Dieng au couple germano-sénégalais. De l’avis de cet étudiant en Réseau et Télécommunications, apprendre l’allemand est un investissement sur le long terme. ‘’ Si je reviens au Sénégal, j’aurai beaucoup de débouchés’’, confie-t-il. Voilà une position qui pourrait satisfaire Michel. Ce dernier qui renseigne, par ailleurs, que des réductions sont attribuées pour les professionnels ‘’ dans certains cas biens définis’’.

Quant à Abdou, il plaide pour une flexibilité dans la correction de l’examen. On le trouve seul assis sur une chaise d’une salle de cours. Écouteurs aux oreilles, cet ouvrier métallique de profession attend, comme ses camarades, les résultats.‘’C’est la deuxième fois que je passe l’examen. La première fois, il me manquait cinq points, ils doivent être tolérants concernant la correction’’ plaide-t-il. Mais pour rencontrer sa douce moitié teutonne en Allemagne, notre cher ami est obligé d’avoir le fameux sésame qui va lui ouvrir les portes du second sésame qu’est le Visa.

‘’DONNER UNE IMAGE RÉALISTE’’ DE L’ALLEMAGNE

Cependant, l’Institut Goethe Sénégal ne se limite pas qu’à dispenser des cours de langue. ‘’Si j’apprends le wolof et que je ne vois aucun sénégalais ou que je ne mange pas de ‘tchep ndjen’, la langue ne me servira à rien’’, explique Michel à titre d’exemple.

C’est sur cette anecdote que cet Historien essaie de nous faire comprendre le virement qui a prévalu vers la fin des années 60 au sein des Instituts Goethe dans le monde. Au début, lors de sa création dans les années 20, l’Institut n’était qu’une association à titre privé. Mais Il fallait passer du simple apprentissage de l’Allemand, qui constituait l’activité principale à plus d’ouvertures, voire des échanges culturels. Le Goethe Institut dans sa forme actuelle est donc née après la seconde guerre mondiale.

Image

Devant la Bibliothèque de l’Université de Dakar, on tente de  »vendre » l’Allemagne.
Photo: Angelika Prox-Dampha

Cependant, Michel se refuse de dire explicitement si son Institut a aussi pour but ou non de redorer l’image d’une Allemagne nazie, au sortir de cette période. Ou encore si le centre culturel aide à promouvoir une image moins stéréotypée des Allemands.

‘’Oh non… Pas redorer comme un croissant’’, plaisante-t-il. Puis, sérieusement, il lance : ‘’On ne peut pas raconter n’importe quoi sur l’Allemagne parce que les gens connaissent. (..) La meilleure chose est de donner une image réaliste de l’Allemagne, car nous ne voulons pas créer de déception. ‘’

Mieux encore, il considère que l’Institut Goethe à lui seul ne peut pas changer l’image de l’Allemagne. Une image qui a ‘’beaucoup évoluée’’, à l’en croire. Il considère que son pays fait partie des nations les moins racistes aujourd’hui. De son avis, cela est conséquent à une dynamique commune de toute la société allemande.

MARQUER SES EMPREINTES

Mais comment arrive-t-on à donner une image ‘’réaliste’’ de l’Allemagne ? Aux commandes de l’Institut depuis fin Janvier 2012, une période ‘’politiquement chaude’’, il s’est agi pour Michel de vite faire oublier son prédécesseur et d’imposer sa propre ligne directrice.

‘’Avant, c’était obligatoire de consommer un repas sur la terrasse. Quand je suis arrivé, j’ai arrêté cela. Aux heures de pause, les étudiants ne sont plus expulsés. Ils peuvent apporter leur repas et manger sur la terrasse sans payer. J’ai aussi initié une journée porte ouverte, les gens ont compris qu’il y a une nouvelle direction’’, explique-t-il.

‘’Aujourd’hui il y a 50 à 70 personnes qui fréquentent notre salle de cinéma, sur 100 places qu’elle pourrait contenir,’’ poursuit-il. Il évoque au passage le concert de l’artiste Gentleman qui selon lui a vu la présence de près de 2500 personnes.

Quand nous faisons allusion à la fréquentation de sa bibliothèque, il n’hésite pas à nous prendre par la main et nous y conduire. Dans cette pièce relativement grande, il y a environ une dizaine de personnes, ce jour. Certains devant leurs cahiers, d’autres fixent l’écran de leurs ordinateurs. Une porte au fond mène vers le balcon, sous forme de terrasse. Là, on a une vue assez large de Dakar.

Image

Bibliothèque Goethe Institut Senegal. Photos Flickr Goethe Institut

Dans son jean de couleur bleue assortie à sa chemise, du haut de son mètre 70, il nous demande : ‘’ Vous voulez que ce soit plein ?’’, avant de répondre : ‘’ Ici c’est pour la tranquillité’’. Michel nous présente fièrement des i-pads pour mieux apprendre l’Allemand et nous renseigne que le Wifi est gratuit.

L’auteur de „Das Vaterland der Feinde“ (La patrie de l’ennemi), un livre qui analyse la notion d’ennemi national entre en son pays et la France de 1792 à 1918, n’aura pas tenu longtemps pour faire mention de son voisin européen.

‘’A l’institut Français, c’est plus grand, mais pensez-vous que ce sont des sénégalais qui y vont ? (…) Je n’ai rien contre les blancs ici, mais je suis fier que ce soient des sénégalais qui fréquentent notre bibliothèque. Ici on a 80 à 90% de sénégalais, ce ne sont pas des experts, j’en suis fier et je m’en félicite’’, déclare-t-il, prenant la responsable du centre de documentation à témoin. ‘’Là-bas, ce sont des étrangers’’, ajoute-t-elle.

Selon les chiffres fournis par cette dernière, les fréquentations à la bibliothèque sont passées de 3.945 visiteurs en 2012 à 5.388 pour l’année 2013, soit un nombre de visiteurs en hausse de près de 15% en un an. Mais sur le document qu’elle a mis à notre disposition, la nationalité des visiteurs n’a pas été mentionnée.

L’AVENIR  DE L’INSTITUT AU SÉNÉGAL

A 55 ans, Michael Jeismann entend rester longtemps au Sénégal. 2 ans après sa prise de fonction, le natif de Münster ne cache pas sa satisfaction quant au succès des activités de son institut. Mais sur les 159 instituts Goethe répartis dans 94 pays, quel rang pourrait occuper celui de Dakar en termes d’attractivité ?

Sur cette question, il rit, contrarié et juge la question ‘’impossible à répondre’’. Cela suppose, à l’en croire, de connaître tous les autres instituts. Une place au sein des 10 premiers ? ‘’ Votre question pourrait déranger diplomatiquement’’ rétorque-t-il. Mais sa vision de l’institut dans 10 ans, il la donne : ‘’J’espère qu’on va augmenter le chiffre des étudiants qui apprennent l’allemand, que nous allons élargir le champ de collaboration culturelle. J’espère aussi que les chiffres vont augmenter. Mais tout cela va dépendre des besoins, du personnel de l’institut, du directeur. Bon, je reste assez longtemps ici pour faire une bonne base…’’

 

Rémy MALLET
Journaliste-Blogueur

Pour plus d’informations sur les activités de l’institut Goethe au Sénégal un lien: http://www.goethe.de/INS/sn/dak/frindex.htm

 

Publicités

2 réflexions sur “Escale chez Michael Jeismann, directeur de l’Institut Goethe Sénégal : ‘’ On ne peut pas raconter n’importe quoi sur l’Allemagne ’’

  1. Merci Mr Mallet pour cet entretien,
    Je pars du mot investissement pour dire toute ce que je payes à Goethe Institut pour apprendre l’allemand, je penses que ça me donnera des avantages sur mes études en Allemagne.
    Je suis Mamadou DIOP technicien supérieur en génie civil, j’ai pris des cours allemandes à Goethe Institut jusqu’à obtenir le certificat deutsch B1.
    J’ai été au concert de Gentleman, j’ai suivi des films dans la salle de cinéma et je suis 3 à 4 fois par semaine à la bibliothèque. Et ça j’en ai profite beaucoup pour avoir assez de connaissances sur la vie allemandes avant mon voyages dans ce pays. Aussi pour faire des recherches dans mon domaine d’étude, je pense que la bibliothèque est l’endroit idéal.

    • Salut mamadou, merci pour ton joli commentaire .. C’est bien que tu aimes l’espace au Goethe. Je vois qu’y être te procure beaucoup de plaisir. Le directeur serait content de te lire. Bonne chance pour la suite de tes projets.

Ton opinion, c'est par ici !!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s