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SENEGAL : S’intégrer en 5 points

drapo

Bienvenue au Sénégal, pays de la Teranga (solidarité). Quelles que soient vos attentes, ce pays vous réservera d’innombrables surprises. Mais parfois, le choc culturel pourra être brutal. Et même après plusieurs années passées dans le pays, il est possible qu’une certaine dose d’incompréhension subsiste à l’égard de cette culture si particulière. Nullement exhaustifs, voici cinq points qui vous aideront à relever le défi de l’intégration au Sénégal.

1. Le Wolof

Léopold Sédar Senghor, Birago Diop, Sembène Ousmane…  Toutes ces grandes figures emblématiques de la francophonie  que vous avez rencontrées dans vos manuels scolaires appartiennent à un passé révolu, voire à un autre Sénégal. 

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Le Wolof ou langue de Kocc Barma en référence à l’illustre philosophe sénégalais à l’intelligence fertile

Car, aujourd’hui, rares sont les habitants du pays de la Téranga qui utilisent toujours la langue de Molière dans leurs conversations quotidiennes.  Hélez votre premier taxi à la sortie de l’aéroport de Dakar, et vous vous en rendrez vite compte. Dans l’administration publique, à l’université,  dans les médias, dans les écoles : le wolof est omniprésent. Dans certaines classes, les professeurs utilisent la langue de ‘’Kocc Barma’’ comme complément au français pour mieux expliquer les leçons à leurs élèves.   Si vous désirez vous intégrer dans la société, mettez-vous donc rapidement au Wolof ! Vous en serez d’autant plus apprécié. D’ailleurs, il semble évident pour les Sénégalais que vous comprenez la langue dite nationale. ‘’Dégoulo wollof’’ ? (Vous  ne parlez pas wolof ?)  Cette question est servie à beaucoup d’étrangers vivant ici.

2. Les salutations

Cette partie s’adresse surtout aux ‘’toubabs’’ (blancs). En effet, bien plus que dans les pays de culture occidentale, le moment des salutations est essentiel dans les relations sociales au Sénégal, et plus largement en Afrique. Si saluer est un signe de respect et de  considération, c’est également le reflet d’une bonne éducation. Dans votre quartier, vous trouverez certainement de petits vendeurs sénégalais, installés au coin des rues,  qui font bouillir le thé les  à destination des badauds assoiffés. Un ‘’salamalékoum’’ à leur endroit sera vivement apprécié quand vous passerez devant eux

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S’intégrer au Sénégal, c’est aussi avoir le sens du partage

Sachez également qu’il est préférable de privilégier le ‘’salamalékoum’’ à un ‘’bonjour’’ trop sec.En effet, le « bonjour », plus distant, vous signale comme étranger. En somme, ne rechignez pas à utiliser le « salamalékoum » et à l’accompagner d’un « Na nga def ? » (« comment ça va ? ») d’usage.  Cela ne fait de vous ni un arabe, encore moins un musulman. Les chrétiens, il y en a au Sénégal,  emploient également le ‘’salamalékoum’’. Autre chose : la poignée de main est un plus. Si vous saluez un groupe de 10 personnes et que vous connaissez l’une d’entre elles, n’allez pas directement vers cette personne . Serrez la main de tous les autres membres du groupe. Si vous êtes une femme, on ne vous en voudra pas de ne pas tendre la main. En effet, il y a beaucoup d’hommes ici qui font le choix de ne pas tendre la main aux dames pour des considérations religieuses. Enfin, ne saluez pas de manière sèche comme si  vous deviez vous  soumettre à un rite ou vous débarrasser de la personne. Il faut prendre du temps. Donner de votre temps à l’autre est un signe d’attention.  

3. Les marabouts

‘’Tu sais ici, tu peux dire du mal de Dieu, et être exempt de toute condamnation. Mais si tu parles mal d’un marabout, on peut te tuer’’. Ce sont les mots d’un Sénégalais. No comment.  Les Ouest-africains habitués à voir les marabouts de quartier dans de petites chambres où ils accueillent leurs clients auront la surprise de leur vie une fois au Sénégal. Ici, les marabouts ont des milliers, voire des millions de disciples. Ils sont vénérés, honorés, et glorifiés par leurs talibés (disciples en wolof). Les marabouts sont regroupés au sein de grandes familles qui possèdent de vastes territoires. Leur influence sur le pouvoir politique a longtemps été très importante. On les a même considérés comme le quatrième pouvoir au Sénégal. De l’agrégé d’Université à l’enfant de la rue sans éducation, chacun au Sénégal a son marabout. Dans les véhicules de transport public, les marchés, les boutiques, les grandes artères, on peut voir des photos de marabouts. Même dans les bureaux des institutions publiques. Certains accrochent au cou la photo de leur guide. Ces  familles religieuses ou maraboutiques sont appelées  confréries. C’est un sujet sensible dans la société sénégalaise, et l’aborder de manière dépassionnée peut être mal interprété. Pour les étrangers qui veulent s’intégrer, le mieux est donc sûrement de ne pas lancer de débats sur le sujet.  Quand on veut s’intégrer dans une société, en contester immédiatement les dogmes peut être contreproductif. A vos risques et périls donc… Pratiquez plutôt votre foi personnelle (peut-être avez-vous même votre marabout ! ). De même, apprenez à décliner avec politesse les invitations à participer à des manifestations religieuses si vous ne souhaitez pas vous y rendre. 

4. Les gnaks

Détestés par certains, frustrants pour les autres, le mot ‘’gnaK’’ n’en finit pas de faire parler de lui. Dans le langage courant, ce mot désigne les étrangers d’Afrique noire. Mais pour certains, ce terme prend une connotation très péjorative : le gnak serait le barbare, le sauvage. Pour autant, si un jour, dans une conversation, l’on vous qualifie de gnak, vous ne devriez pas vous en formaliser. La plupart du temps, ce mot est utilisé avec légèreté par les sénégalais. Loin d’eux l’idée de vous qualifier de sauvage !  En effet, ce terme est désormais entré dans le langage courant car il n’y a pas de mots pour différencier un togolais d’un camerounais par exemple. Cette distinction par origine existe même au sein des sénégalais eux-mêmes. Un terme est associé à chaque groupe ethnique en fonction de son lieu d’origine par rapport à Dakar. Vous entendrai ainsi: ‘’Kao Kao’’, ‘’Baol Baol’’ ( personnes venant de la région du Baol), « Laka kat » (personne qui ne parle pas wolof), ‘’Nkagno’’ (habitants des îles) et bien d’autres appellations pour désigner des sénégalais en fonction de leur provenance par rapport à la capitale. La règle  est de jouer avec le terme  »gnak ». Par exemple, si un sénégalais vous demande votre origine, vous pouvez dire que vous êtes gnak. La réaction de votre interlocuteur sera aussitôt de dire  que vous ne l’êtes pas  sourire à l’appui. Plus vous banaliserez ce terme mieux vous vous intégrerez.

5. La nourriture (Savoir manger)

Vous adorez le plat national ‘’Thièp’’ (riz au poisson) et vous êtes invité à manger chez un ami. C’est bien et cela démontre que vous vous intégrez. Au Sénégal, on mange généralement autour d’un bol. Manger autour d’un bol est un acte de partage régi par beaucoup de règles. Le bol est souvent placé sur une natte à même le sol. La première règle est d’attendre que l’hôte donne le départ. Manger la nourriture disposée devant vous dans le plat, c’est respecter le territoire de chacun. Il est donc impoli de se servir directement des légumes ou du poisson qui sont placés au milieu du bol. Prenez une cuillère de riz pour commencer, et ensuite  servez-vous de la nourriture au milieu.

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Un plat de Ceebu Jen: A vos ceuillères. Prêts. Mangez

Toutefois, pas d’inquiétude, dans la plupart des cas, en tant qu’étranger, la maîtresse de maison  vous servira elle-même le poisson et les autres condiments.

Dans certains cas et contrairement à la coutume occidentale, s’empresser de faire des compliments sur le repas pourra être mal interprété. Cela pourrait en effet donner l’impression que vous ne vous attendiez pas à ce qu’il soit bon. Au Sénégal, pour éviter tout malentendu, il est donc plus courtois d’attendre la fin du repas pour donner votre avis. 

Ensuite, pendant que vous mangez, la coutume veut que vous ne regardiez pas les autres convives dans les yeux.  A la fin du repas, faites en sorte de ramener au milieu du bol les grains de riz restés devant vous. Enfin, si vous avez appris qu’il faut attendre que la personne la plus âgée se lève de table avant vous, ici ce n’est pas le cas. Levez-vous lorsque vous avez terminé de manger, pour éviter de regarder les personnes qui sont toujours en train de manger. ‘’Nekhna Berina’’ : c’est le mot de la fin pour dire qu’on a bien mangé.

L’intégration peut continuer dans la partie commentaire .

 

Rémy MALLET

 

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22 réflexions sur “SENEGAL : S’intégrer en 5 points

  1. Je suis presque d’accord sur tout! sauf pour les Marabouts !! les personnes sensées et intelligentes peuvent discuter de tout sans tabous sans heurter la sensibilité de l’autre ….Si la discussion est faite dans le respect de l’autre et le respect de ses opinions tout sujet peut-être abordé …après il faut savoir avec qui parler de quoi , évidemment certaines personnes ne sont pas prêtes à avoir certaines conversation peut-être par manque d’ouverture d’esprit!!

    •  »Il faut savoir avec qui parler de quoi »; Je crois que c’est là quelque chose d’intéressant. Bon maintenant, pour quelqu’un qui vient d’arriver ici, il ne saura pas par exemple le poids des marabouts dans la société et peut se laisser aller. Sinon je te rejoins quand tu dis qu’il faut discuter en respectant l’autre. Si tu es presque d’accord sur tout, quel est le point qui a été le plus difficile pour toi en tant que  »toubab » ?

      • Il faut avouer que c’est beaucoup africain ce fatalisme. Attendre que les choses viennent d’elle mêmes sans pour autant aller les chercher, voire les provoquer. Mais l’intégration, peut être que c’est aussi avoir ce brin de fatalisme à la sénégalaise !!!

      • je crois que malheureusement ou heureusement (pour mon intégration) que j’ai laissé un peu de mon utopisme et de mon idéalisme au profit d’un peu de fatalisme …mais savamment dosé!!

  2. Ici, une sénégalaise 100% vivant à New York. J’ai découvert votre blog à travers une toubab à Dakar, LOL. Je suis d’accord avec tout sauf quand vous dites qu’il est mal vu d’offrir des compliments trop tôt a la maitresse de maison après avoir goute a son repas. Je dirais plutôt que la sénégalaise typique est aux aguets dans les premières minutes suivants le « coup d’envoi » et dira presque toujours au bout des 5 premières minutes: « Mba nekh na » (c’est bon j’espère?).
    Il n’est donc pas mal de la complimenter et de la rassurer suffisamment tôt pendant le repas 

    • Karine, Merci pour ton commentaire. En fait, j’ai voulu dire aussitôt après la première cuillère. Toutefois, c’est pas toujours le cas. Mais tu sais, la société sénégalaise est basée traditionnellement sur l’oralité comme les autres pays africains. Et le deuxième degré est de mise souvent dans l’entendement et la compréhension des choses. Mais dis, continues de manger dans le bol là bas à New York ?

  3. regles de savoir vivre, de respect, et de politesse auxquelles il n’y a rien a contester, loin de là. S’intégrer dans un pays et sa culture ça veut dire commencer par écouter, comprendre, apprendre, et ensuite on peut se permettre de parler, et de la « ramener » comme on dit en Gaule.
    En ce qui concerne la langue, je suis entrain de l’apprendre. J’ai choisi délibérément de ne pas le faire plus tôt pour deux raisons qui maintenant n’ont plus lieux d’être : encourager les petits de la maisonnée a l’école (maintenant ils sont parfaitement bilingue). La deuxième étant que bien que sénégauloise, j’arrivais avec beaucoup de repères et caractère gaulois. si j’avais tout compris peut être n’aurais je pas eu la compréhension et me serais-je fait trop d’inimitiés avec mon franc parler, ce qui aurait été contraire a mon chemin….
    j’avance, j’avance

    • Ah pour toi qui est sénégaulaoise, ça doit pas être facile ? Tu dois être bien sûr en train de chercher tes repères. Mais ça viendra avec le temps , bien sûr si on prend le temps, comme tu dis, d’écouter’, de comprendre l’autre en premier lieu.

      • Je comprends bien, mais des deux côtés c’est compliqué. Mois je pense qu’il tu n’es ni l’une , ni l’autre mais les deux ensemble sont ta véritable identité. Mais il y aura toujours de fortes attentes de parts et d’autres.

      • Tout à fait. Voila que tu es bien au fait de la culture. On tend la main gauche avant le voyage pour espérer que la personne revienne. Dans d’autres cas, on verse de l’eau sur le seuil de la porte avant que vous ne le franchissiez.

  4. Très fouillé! Je suppose que, toi , tu es bien intégré!! Je peux même dire que tu es devenu un sénégalais!! lol!

  5. J’aime la partie sur les « gnaks ». Je trouve que c’est positif. Vous êtes quelqu’un qui doit avoir beaucoup de recul et de tolérance. Je trouve dommage que nos frères originaires d’autres pays africains s’intègrent difficilement. Un gros travail doit être fait au niveau des Sénégalais mais aussi des expatriés. Le plus gros problème est pour moi la barrière de la langue. C’est difficile pour la plupart des Sénégalais de s’exprimer en français même s’ils ont fait des études.

    • C’est bien si tu as aimé l’article. Nous sommes tous différents. Même au Sénégal, il y a de fortes différences entre les ethnie. Mais l’essentiel est de comprendre l’autre. Cette compréhension doit être réciproque. Moi aussi, on continue de m’appeler  »gnac », mais ‘graoul » quoi, c’est du gène sénégalais.

      • J’avais compris le mot « gnac » comme un terme désignant les habitants des pays africains un peu loin du Sénégal. Maliens, Guinéen, Ivoiriens, Burkinabé, … n’étaient pas des « gnacs » dans ma compréhension. Le mot désignait plus les Africains du centre et du sud moins connu par les Sénégalais. J’ai arrêté d’utiliser ce terme depuis quelques années quand j’ai senti que c’était très mal perçu. J’avoue que y a un manque de compréhension entre Africains. On voyage beaucoup mais très peu à l’intérieur de l’Afrique.

  6. Moi aussi, le point « gnaks » m’intéresse bien. Mais je pense que la meilleur façon comme tu l’a dit c’est de banaliser. En Europe, qu’on m’appelle nègre, ca n’a aucun effet sur moi, car je suis effectivement un nègre (Noir). Pourquoi gnack devrait m’irriter? au contraire j’utilise le plus souvent ce mot mieux même que les sénégalais et çà me permet de rester zain. Je suis gnack et je suis fière de ma « gnacitude »

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