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De CURRYWURST A CEEBU JEN : Les aventures d’une allemande au pays de la Téranga

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Quand mon ami, bloggeur et journaliste, m’a demandé d’écrire un article sur mes séjours au Sénégal j’ai tout de suite accepté. Ecrire un article sur ce pays de la Téranga ne devrait pas être difficile. Cependant, je vous assure que résumer mes impressions de Dakar et du Sénégal en général dans quelques lignes n’est pas facile. Ce pays m’a envoûté par sa diversité et sa richesse culturelle. J’ai été fasciné par la cordialité des Sénégalais, la solidarité en famille et entre amis, la cuisine sénégalaise, le paysage divers et par Dakar, une ville très animée qui bouge 7/7.

Mon premier séjour au Sénégal a été lors d’un stage dans une fondation politique allemande à Dakar. Pendant ce séjour j’ai eu la possibilité de découvrir la vie sénégalaise dans une famille d’accueil.

La vie à Dakar n’a pas été facile pour moi au début. Si je suis une personne qui a la facilité de s’adapter rapidement à son environnent, en revanche j’ai mis beaucoup de temps pour m’habituer au bruit et au trafic du ‘’ndakaruu’’ (Dakar). Pendant mes premières semaines je n’ai pas cessé de chercher un endroit calme (ce qui n’est pas difficile chez moi en Allemagne) mais cela a été presque impossible à Dakar.

J’ai été obligé d’acheter des bouchons d’oreilles. Cet objet a été le premier article que je me suis procuré. Il fallait bien que je dorme au moins six à sept heures jusqu’à la prière du matin avant le lever du soleil. Comme la grande mosquée de Mermoz se trouve directement derrière la maison où j’habitais, ce n’était même pas la peine de régler mon réveil.

RICHESSE CULTURELLE

Comme je ne suis pas vraiment une citadine, j’avais hâte de quitter Dakar et de découvrir d’autres parties du Sénégal. Lors mon stage, j’avais eu l’occasion de voyager à Kédougou et Salémata pour faire la connaissance du pays Bassari, un groupe ethnique établi sur la frontière entre le Sénégal et la Guinée.

La société sénégalaise se compose de différentes ethnies dont les plus grandes sont les wolofs, les sérères, les peulhs, les toucouleurs et les diolas. Ce qui fait que la culture sénégalaise en tant que telle n’existe pas vraiment.

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En pays bassari

Lepays est plutôt une mosaïque caractérisée par une diversité culturelle riche en traditions et coutumes.

J’ai bien apprécié cette richesse de valeurs et de traditions que nous ne connaissons presque plus en Allemagne. La modernité et le progrès ont souvent été accompagnés d’une transformation voire d’une perte de valeur. Au Sénégal, ce sont surtout les Bassaris qui sont connus pour la conservation de leurs traditions et de leur langue mais eux aussi se trouvent dans ce dilemme de réconcilier la modernité avec la conservation de l’identité culturelle.

METEO ASSEZ DIFFICILE POUR MON ALLEMAND DE CORPS

Lors de cette première expérience extraordinaire au Sénégal j’ai décidé de revenir et de passer mes vacances d’été à Dakar pour découvrir encore un peu plus ce pays fascinant.

Quand quelqu’un m’a demandé avant mon départ si je supporte bien la chaleur, je lui ai répondu par l’affirmative. Mais passer le mois d’août à Dakar, le sommet de l’hivernage, a quand même eu un grand impact sur la relation entre mon corps allemand et la chaleur sénégalaise.

J’ai dû m’habituer à ce temps lourd qui te fait transpirer même si tu ne bouges pas du tout. J’ai dû apprendre de rester à la maison toute la matinée jusqu’á l’après-midi quand il fait moins chaud, de prendre trois ou quatre bains par jours et de boire beaucoup d’eau sans devoir aller aux toilettes.

D’après mes amis, la saison des pluies à Dakar est différente de celle du reste du Sénégal. Notamment au Sud en Casamance et vers Kédougou, il y a de grosses pluies pendant quelques heures dans la journée et après le soleil revient.

A Dakar, au contraire, il pleut toute la journée, la nuit, le lendemain. Cette ville toujours très animée prend une apparence tellement différente : il y a personne dans les rues parce qu’elles sont souvent inondées et pour cela impraticables et le soleil reste caché derrière les nuages pendant plusieurs journées.

Pour moi, le Sénégal était toujours le pays de la Téranga, bien sûr, mais aussi le pays du soleil. En février/mars, la saison sèche, j’ai été encore gâtée par des millions de rayons de soleil. Pourtant, pendant le mois d’août le soleil m’a complètement délaissé.

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Joli coucher de soleil

En tant qu’allemande j’ai quand même l’habitude de ne pas voir le soleil pendant plusieurs jours (ce qui est vraiment différent à supporter pour les Sénégalais). Cependant, après ma première fois à la plage j’ai quand même dû constater un grand besoin de bronzer rapidement pour ne plus être la toubab qui est tellement blanche qu’on ne voit même pas le sable sur sa peau.

Mais je ne veux pas me plaindre du temps. J’ai quand même eu la chance d’avoir une semaine entière sans pluie et j’ai bien profité pour tester presque toutes les plages qui existent à et autour de Dakar.

A part aller à Fadiouth et à Palmarin à la petite côte pour quelques jours je suis restée à Dakar, plus précisément aux Parcelles Assainies. Un quartier qui se trouve au Nord-Est de Dakar. Depuis là-bas c’était quand même un peu loin d’aller en ville et ca coûtait cher d’y aller en taxi. Même si ca ne coûte pas cher si je compare les prix aux prix de taxis en Allemagne.

Mais après mes premiers jours à Dakar, un ami à moi m’a dit : ‘’Rebecca, il faut que tu commences à économiser un peu, désormais tu prendras les bus et les cars’’.

‘’Bon, pourquoi pas’’, me suis-je dit. Dans ce cas je dépenserais moins pour le transport et il me resterait plus d’argent pour acheter des mangues. C’était en principe une très bonne idée à mes yeux jusqu’à l’instant où je décide de prendre un bus.

S’HABITUER A ’’L’HEURE SENEGALAISE’’

Une fois arrivée à l’arrêt, j’ai cherché l’itinéraire et les horaires du bus mais il n’y en avait pas. J’attendais 5 minutes, 10 minutes, 15 minutes…

Bon, normalement chez moi, je peux voir les horaires et après je sais que je dois attendre 10 ou 20 minutes. Mais attendre jusqu’à l’infini, sans avoir un cadre limité de temps, n’était pas possible pour moi en tant qu’allemande bien chronométrée et quand même un peu pressée et impatiente.

Et j’ai vu les taxis qui sont passés, l’un après l’autre. J’ai finalement décidé de prendre un taxi parce que je ne pouvais plus attendre. Une fois arrivée à la maison chez un ami, il m’a demandé si tout s’est bien passé.

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On l’appelle Car rapide

J’ai essayé de lui raconter l’histoire mais il a rapidement compris que cela prendrait un peu de temps pour m’habituer au système de bus à Dakar. Cependant, après plusieurs essais, j’ai finalement commencé à prendre les bus ce qui était un bon entraînement pour stimuler ma patience.

La conception de temps au Sénégal est différente comparée à celle chez moi. Et ce n’est pas une affaire de décalage horaire. A Dakar, j’ai l’impression qu’une heure fait plus que 60 minutes, une minute plus que 60 secondes.

Arrivée avec mon attitude typiquement allemande, j’ai rapidement remarqué qu’il y a un grand écart entre faire « à l’allemande » et faire « à la sénégalaise ». Une amie m’a dit une fois : ‘’Rebecca, calmes-toi, prends ton temps. Ici ce sont les gens qui dirigent le temps. Ce n’est pas comme en Allemagne où le temps dirige vos vies.’’

Mais comme je m’adapte vite, j’ai compris que je dois toujours préciser quand je fixe un rendez-vous avec mes amis si on fait 14 h à l’allemande, c’est-à-dire 13.55h ou à la sénégalaise, c’est-à-dire 14.45 ou même 15h.

Pourtant, un ami m’a aussi expliqué que ce sont souvent des cas de forces majeures qui font retarder les Dakarois. Il s’agit de forces majeures involontaires comme le retard des bus, le trafic, les embouteillages ou la pluie.

PHOBIE DE LA PLUIE ET SON COROLAIRE DE VICTIMES

Concernant la pluie, j’avais vraiment l’impression que cela bouleverse toute la vie des dakarois et déclenche un certain chaos que je n’ai jamais vu avant : …les bus circulent difficilement, ils viennent encore moins régulièrement qu’avant, les prix de taxis sont encore plus élevés parce qu’ils sont obligés de faire des détours à cause de la pluie, il y a des coupures d’électricité, le wifi ne marche plus et le réseau d’orange s’effondre complètement. La pluie à Dakar est vraiment une aventure à tous les niveaux.

De plus, j’avais l’impression que toute activité s’arrête quand il pleut. Un ami m’a dit un jour : ‘’Ah non Rebecca, je ne peux pas sortir maintenant avec cette pluie’’. Et je lui ai répondu que chez moi en Allemagne, il pleut parfois deux, trois jours de suite et les gens continuent d’aller au boulot et à l’école.

Il y a quand même des outils comme un parapluie ou une veste imperméable que tu peux mettre pour te protéger contre la pluie….Cela rejoint l’expression allemande : ‘’wir sind doch nicht aus Zucker’’.

Mais j’ai rapidement appris qu’on ne sort pas quand il pleut, à moins que cela soit une urgence.

A L’EPREUVE DES PRIX « TOUBABS» ET DE LA NEGOCIATION

En général, j’aimais bien faire le marché les matins. Mais ma tutrice m’a fait remarquer que je dépensais plus que je ne devrais.

C’est vraiment un phénomène à Dakar, les prix pour les toubabs (les blancs) sont toujours beaucoup plus élevés que pour les locaux. J’ai toujours tenté de faire comprendre aux gens que l’argent ne tombe pas du ciel chez nous.

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C’est vrai que l’Allemagne ne se trouve pas en crise en tant que telle mais ce n’est pas le paradis non plus. Je comprends que les commerçants essaient de profiter des touristes (riches) qui ne connaissent pas tellement les prix. Mais en tant qu’étudiante, alors pas forcément riche, j’ai appris à connaître les prix.

Et j’aimais bien négocier les prix jusqu’à irriter les commerçants sénégalais. Ces derniers avaient fini par avouer que j’étais devenue une sénégalaise. Mêmes mes amis Sénégalais s’étonnaient du ma manie à faire du ‘’wakhalé ‘’ (négociation des prix ou marchandage).

La stratégie de négociation version Sénégal est la suivante: diviser les prix au moins par trois, faire semblant de s’en aller et attendre de te faire rappeler par le vendeur.

En Allemagne, les commerçants en ont cure de cette méthode. Après t’avoir dit le prix d’un article, ils ne te suivront pas pour te supplier d’acheter.

VIE EN COMMUNAUTE VS INDIVIDUALISME ALLEMAND

Un autre phénomène qui m’a beaucoup touché au Sénégal est la solidarité familiale et le respect qu’on a encore à l’égard des personnes plus âgées. Différentes générations habitent souvent sous le même toit et on s’intéresse encore plus à l’autre.

La société allemande est une société très individualiste qui est en train de perdre cette cohésion sociale et familiale. La famille est aussi très importante pour moi mais chez nous c’est plus l’individu qui compte. Tout le monde veut être unique et individuel.

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Convivialité Sénégalaise autour d’un plat de Ceebu Jen

Pourtant, j’avais l’impression que ce sont parfois aussi les conditions sociales et économiques qui ne permettent pas le développement d’un tel modèle de société au Sénégal.

Le salaire d’un père de famille ne sert jamais juste à nourrir sa famille mais aussi à subventionner les besoins d’autres membres familiaux. Cette solidarité familiale a pour cela souvent tendance à se transformer plus en une obligation morale qui est institutionnalisée dans la société sénégalaise.

‘’Je te donne de l’argent cette fois et la prochaine tu me le redonnes’’. Ces dons et contre-dons créent des relations sociales très fortes au sein des familles mais aussi au sein de la société en général.

Je pourrais encore continuer et remplir tout un livre avec les expériences que j’ai eu à faire au pays de la Téranga. Voyager est apprendre. Voyager avec un esprit ouvert et curieux te permet de découvrir d’autre horizons. Ce n’est que par entrer en contact direct avec les gens qu’on découvre la diversité des êtres humains et ce n’est que dans la diversité qu’on trouve la richesse !

Une contribution de Rebecca Gruebel

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4 réflexions sur “De CURRYWURST A CEEBU JEN : Les aventures d’une allemande au pays de la Téranga

  1. J’ai pas l’habitude de lire des articles taille longue, mais j’avoue vraiment que plus que je lis, plus j’ai envie de continuer. j’adore cet article.

  2. Je suis une française à Dakar , mais je vois qu’Allemande ou Française ou Italienne , nous les toubabs on passe tous par les même étapes pour au final adorer le Sénégal avec ses bons et se mauvais côtés !! mais le Sénégal c’est sur ne peut laisser personne indifférent!

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