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CAMPUS UNIVERSITAIRE DE DAKAR : Une nuit de « galère » chez les étudiants

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L’entrée du campus social de l’Université de Dakar

 

Les autorités universitaires de Dakar ont entamé la destruction de pavillons jugés vétustes. Mais il y a un an, les étudiants de l’Université Cheikh Anta Diop squattaient les couloirs, à défaut de loger dans les chambres. Retour sur « la galère » qu’ont vécue beaucoup d’entre eux.

« C’est la galère ». Ces mots assez expressifs sont d’un étudiant de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar qui, à défaut d’avoir pu « codifier » (formalités pour accéder aux commodités sociales : logements, soins de santé …) passe la nuit dans les couloirs des pavillons universitaires. Comme lui, nombreux sont ces étudiants qui bravent d’énormes difficultés,  juste pour dormir.

Au pavillon N, tous les espaces libres sont occupés pendant la nuit. Lorsque la pénombre s’annonce,  ils  placent leurs matelas par terre comme pour marquer leur territoire. À l’aile gauche de ce bâtiment, matelas, draps et différentes couvertures y sont entassés. Sur une ligne en caoutchouc, sont accrochés  serviettes et habits couvrant un grand carton qui sert d’armoire. Il n’y a que le toit comme protection, les vitres situées sur les flancs  sont pour la plupart brisées.

Une situation qui laisse la voie libre à un vent très  frais .Ceux qui traversent les lieux jettent des regards un peu  consternés. « C’est vous qui avez ‘codifié’ ici », lance un passant,  ironisant ainsi sur le sort de ses camarades  qui vivent la «galère».

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Les couloirs sont pour beaucoup d’étudiants un domicile

Si la nuit est jugée courte par certains, elle demeure en revanche contraignante pour d’autres.  « Quand je dors, ce qui me dérange le plus, ce sont les mouvements des étudiants  défilent. Ils ne tiennent pas compte du fait qu’il y a des personnes qui sont couchées ici. Ils montent et descendent les escaliers parlant à haute voix », se plaint Ousmane, étudiant à la  Faculté de Lettres.

Collés et serrés comme des poissons dans une boite de sardines, ils cherchent ainsi à se réchauffer en cette période de fin d’année,  l’ « hiver » sénégalais.Ils discutent en sourdine bien couvert sous leurs draps qui ne laissent apparaitre aucun de leurs membres. L’infiltration du vent peut être fatale.  « L’air  très fort  profite de tout petit espace laissé par les draps pour s’y introduire. La fraicheur qui l’accompagne me met mal à l’aise », explique un nouveau bachelier non orienté. Il vient de Gossas,  localité situé dans la région de Fatick, à des centaines de kilomètres de Dakar. Son accoutrement témoigne du temps frais qu’il fait.

Bonnet à la tête, deux t-shirts et une chemise sur laquelle est planté un gros blouson, il dénonce ce qu’il appelle la « mafia »,  c’est-à-dire le manque de considération de sa situation et celle de ses compagnons par les autorités universitaires.

«Ils ne sont là que pour leur compte personnel et ceux de leurs proches. Ils n’offrent des chambres qu’à leur parent. Ce qui se passe ici est une mafia»,  se désole-t-il.

En plus de vivre dans des conditions de logements peu enviables, ils sont aussi victimes de vol. La sécurité étant donc un problème car il n’y a personne pour rester surveiller les différents effets laissés pendant la journée.  « Le matin, chacun se cherche »,  lance un des leurs.

Cigarette aux lèvres, et une tasse de café en main, c’est sa manière à lui de se réchauffer. Si Ousmane espère encore le coup de fil de quelqu’un qui pourrait l’héberger, son voisin qui a  préféré garder l’anonymat,  se résigne à sa situation.  Il en est à sa deuxième année à l’université,  et c’est à l’en croire, la même vie depuis. Après son baccalauréat qu’il a obtenu à Mbacké, aux environs de Touba, il a fini par s’habituer à ce calvaire. « De toute façon, d’ici peu, ce sera la canicule et ceux qui sont dans les chambres viendront se coucher ici comme nous à la recherche de l’air frais », se réconforte –t-il.

Est-ce que le chef du pavillon est au courant de cette situation ? Il n’est pas dans son bureau et son assistante n’a pas souhaité   se prononcer  sur la question.

Le même phénomène, on le retrouve au Pavillon A, autrefois refuge de Macky Sall. C’est ici que l’actuel président du Sénégal résidait pendant ses études.  Dans la plus ancienne bâtisse du campus social,   presque tous les couloirs sont occupés par les matelas, à l’image du pavillon N.

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Le pavillon A est le premier du campus social de l’Université de Dakar

Pour traverser les couloirs la nuit, il faut s’excuser continuellement et faire attention afin d’éviter de marcher sur la tête d’étudiants dans les bras de Morphée. A deux sur des matelas d’une seule place, les couloirs ont remplacé les chambres qu’ils auraient souhaité avoir.

Avec une capacité d’accueil d’environs 5.000 lits, le campus universitaire ne peut satisfaire la demande des près de 60 .000 étudiants qu’elle compte. Leur nombre croissant chaque année nécessite l’érection de nouveaux pavillons. Ce serait une « alternative temporaire » mais « souhaitable », avoue le directeur des cités. Pour l’heure ces étudiants continuent à squatter les couloirs espérant des lendemains meilleurs.

Rémy MALLET

Journaliste – Bloggeur

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2 réflexions sur “CAMPUS UNIVERSITAIRE DE DAKAR : Une nuit de « galère » chez les étudiants

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