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SENEGAL : Quand le spectacle des « riches » insulte la conscience collective

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Des billets de banque du CFA

Nous sommes le 27 Avril. Ce jour-là, la capitale sénégalaise  ne parle que d’une seule personne. Waly Ballago Seck. Le rejeton de l’artiste Thione Ballago Seck fête son anniversaire. Des milliers de personnes affluent au grand théâtre de Dakar  pour assister à l’événement.

Le visa d’entrée dans le joyau construit par l’ex-chef d’Etat est fixé à 10.000frs (15 euros) en ce jour. Mais la poche des habitants de Dakar qui harcèlent Macky Sall de leur trouver du boulot  est beaucoup plus dense que l’on ne le soupçonne. Certains avaient réservé des places VIP pour 25.000frs CFA (environs 40 euros).

Le hic ? Le nombre de tickets vendus dépasse les 1800 places que peut contenir l’endroit  prévu pour le spectacle. Nous sommes au «ndakarou», beaucoup ont été  abusés. « Fii Sénégal La » (Ici , c’est le Sénégal). Devant l’entrée principale, le vacarme qui existait a poussé les fans déçus et arnaqués à rebrousser chemin pour suivre la cérémonie en direct à la Télé. Oui, c’était en live. Ils n’auront pas eu la chance d’être spectateur de ce qui se passait à l’intérieur.

Le héros du jour recevait de l’argent frais. Des liasses de billets lui étaient données sans retenue. Mains en mains ou jetés par terre, les billets de  Cfas ornaient la piste  de danse. Il fallait montrer qu’on a beaucoup et marquer le coup en public. Le magot distribué çà et là était si important qu’il fallait des récipients pour ramasser  ces sous. Le spectacle n’avait rien à envier à la série télévisée américaine « mon incroyable anniversaire ». Mais à la différence de la téléréalité étasunienne, on ne se saura pas l’âge du jeune artiste. Les journalistes ont tout divulgué sauf la date de naissance de celui qui fête son anniversaire. Allez savoir pourquoi.

Pour moi qui assure difficilement mon « ndéki » (petit déjeuner) chaque matin, j’avoue que j’aurais bien aimé être à la place des ramasseurs.  Je  suis convaincu que je ne pas le seul à qui le «ndeki» n’est pas garanti dans le « ndakarou » quand le soleil se lève. Nous sommes beaucoup. Voilà pourquoi, les institutions financières internationales placent le « Sunugaal » parmi les pays les plus pauvres où plus de la moitié de la population peine à obtenir 1 dollar (500 frs) par jour.

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On ramasse l’argent distribué en l’honneur d’un artiste sénégalais

Cela n’empêche guère certaines personnes de se moquer de nous les pauvres « goorgoorlus ». L’anniversaire de waly est un moment parmi tant d’autres. Quand la diva Fatou Guewel organise ses manifestations, même en Janvier, il pleut  ici dans cette zone sahélienne. Il n’y pas de saison pour les pluies d’argent. Ceux qui sont à l’origine de ce bouleversement climatique sont souvent des personnalités publiques et quelques anonymes qui sont démangés par l’argent qui se trouve dans  leur compte en banque.

Dans les pays qui se respectent, les individus qui ont un surplus d’argent  l’injectent dans des canaux  plus officiels afin de venir en aide aux personnes dans ma situation. Sous le ciel de la « téranga », on procède différemment. On donne aux plus riches pour qu’ils continuent d’en avoir  et les plus pauvres applaudissent le transfert qui se passe devant leurs yeux.

La reconnaissance externe est dans le sang de beaucoup d’habitants du « ndakarou » et cela se développe sur toutes ses formes. L’on ne va pas ouvrir des centres pour les jeunes talibés afin de les aider à sortir de la misère, mais on préfère donner 200.000frs à une vedette à l’occasion d’un diner gala. Au risque de faire des œuvres sans que leurs noms ne soient cités, ces personnes préfèrent s’exposer. C’est la théorie du  « m’as-tu -vu ». Le problème est que cet argent distribué en spectacle au cours de ces rencontres n’apporte rien de plus à la société. Cela  ne crée pas non plus  de la richesse et contribue encore moins au développement dans une société où la jeunesse conjugue sa réussite sous d’autres cieux.

Le « m’as-tu-vu » est poussé plus loin en mettant en avant plus le visible que le nécessaire. A titre d’exemple,  dans une ville comme Dakar, les nantis vont privilégier les véhicules 4/4. Parfois ils ne sont pas si riches qu’ils le font croire. Un prêt à la banque suffit. Mais ils sont prêts à s’endetter pour acquérir ce bien. Quand je pense que  ces voitures tout terrains sont conçues à l’origine pour  des pistes peu carrossables telles que la boue ou la neige sous d’autres cieux, il reste beaucoup à faire.

Dans un pays comme l’Allemagne où l’industrie automobile est très développée, certains chefs d’entreprise privilégient le plus souvent la bicyclette. Nos supposés ou réels bourgeois du «ndakarou» se moquent de leur santé. Qu’ils continuent à extérioriser leur argent de manière extravagante, il y aura toujours des  personnes pour commenter et  rêver tout en  applaudissant, baignant dans l’illusion qui conforte le fameux dicton populaire “khaliss ken dou ko liguey, dañ koy lidjeune ti”. En d’autres termes, la fortune ne s’obtient pas exclusivement par le travail.   A quand le Sénégal ?

Dakaroisement parlant

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