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DE CAFES TOUBA A KARTOFFELN : Aventure d’un Afro chez Merkel

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Il est environ 13 heures quand mon avion atterrit dans le petit aéroport de Berlin. Il fait à peu près 12 degrés mais avec un peu de soleil. Froid pour moi qui ai abandonné les 30 degrés Celsius du «ndakarou».

A ma descente, je suis accueilli par Amélie, une jolie demoiselle qui m’a vite reconnu. Elle s’étonne du fait que je n’ai pas assez de bagages. Question qui me paraît bizarre vue la courte durée de mon séjour. Je lui fais remarquer avec courtoisie que je n’étais pas en déménagement. Je crois qu’elle m’a compris.

Non. A l’intérieur du Taxi que nous empruntons, elle me demande comment je trouve l’Allemagne. Avec les 7 heures de Vol sans sommeil et l’escale à Paris, je pense plus à retrouver le lit de mon hôtel que de regarder le paysage et en faire des commentaires pour l’heure. Je promets de le lui dire au moment opportun. Mais j’avoue que le confort à l’intérieur du véhicule dans lequel nous sommes n’a rien à envier avec la limousine de Macky Sall. Même si ce n’est qu’un taxi. C’est normal, nous sommes dans le pays de l’industrie automobile.

En route pour Motel One. C’est le nom de l’hôtel. Sur le chemin, pas d’embouteillages. Le respect des feux de signalisations est de mise. La ceinture de sécurité aussi est bien portée autant chez le chauffeur que mon accompagnatrice. Je comprends que «Fii dou Senegal» (Ici ce n’est pas le Sénégal) .

Le Sénégal est situé au niveau de la queue des pays dans le monde. Sur le plan économique, je veux dire. C’est un «pays en développement». Une expression qui fait mieux avaler la pilule de la pauvreté. Cela dit, j’ai hâte de voir ce que peut-être des gens qui vivent dans la 3ème puissance économique du globe.

Je fais donc une petite promenade dans une des rues de Berlin. Prissenstrasse, à Moritzplatz. Des cafés, des restaurants et des boutiques animent les artères. Puis je vois des individus, bières à la main qui marchent en discutant ayant l’air de se moquer du monde. Je pense à mon «Ndakarou». A Dakar, quand tu achètes une bière, c’est la guerre pour ne pas être remarqué. Le vendeur vous le met d’abord dans un journal avant de l’introduire dans un sachet qu’il s’assure avec votre complicité que la couleur est noire. Bref, au Sénégal, c’est le «soutoura» (discrétion) à l’extrême.

Avec l’allemand que je baragouine, j’arrive à me créer un peu de sympathie chez certains. Même s’il faut reconnaître que pour d’autres, les «salamaleks» qui sont la marque déposée des habitants du pays de la Téranga n’engagent que celui qui a le temps de le dire. Pour le reste, l’anglais peut beaucoup aider.

Je marche jusqu’à me perdre dans mes balades. Et là, à l’aide de son téléphone très intelligent, une jolie demoiselle, sourire aux lèvres se fait un plaisir de m’indiquer mon retour sur une cartographie numérique. Comprenant sur mon visage que je ne suis pas sûre de retrouver mon adresse, l’adorable donzelle se donne du temps pour me raccompagner. Cerise sur le gâteau, elle me donne son numéro et est prête pour un rendez-vous. C’est un joli poisson d’avril, nous ne sommes pas dans un conte de fée.

Dans les rues, à part les mégots de cigarettes qui traînent çà et là, pas grand chose par terre. Les gens préfèrent jeter les ordures dans les poubelles. «Mais au Sénégal, il n’y a pas assez de poubelles», m’aurait-on dit de l’autre côté comme pour justifier les tas d’immondice qu’on trouve dans les espaces de Dakar. De toute manière, j’en ai vu certains dans le pays de la Téranga qui ne se soucient pas du fait qu’il y ait une poubelle ou pas. Après avoir fini de boire l’eau «minérale», ils se font un plaisir de jeter le sachet sur le sol. A côté des poubelles qui servent de dépotoirs, on trouve des ordures. Donc, c’est un argument qui ne saurait me convaincre.

Bon où je suis actuellement, ce n’est pas le Sénégal. Je n’ai pas besoin de courir pour traverser la route. Arrivé au passage clouté, les automobilistes s’empressent de ralentir à défaut de freiner complètement. Je repense à mon «ndakarou» où le piéton remercie par un signe de main le chauffeur qui le laisse traverser sur un passage auquel il a droit. Mais quand on ne connait pas ses droits, là aussi il y a problème.

Dans mon aventure, je m’attends toujours à voir des choses qui sortent de l’ordinaire. Je tente de savoir ce qui pousse beaucoup d’Africains à considérer l’Europe comme un eldorado. Il fait environ 15 degrés. Pas mal, on a aussi droit à un peu de soleil. Pas mal pour eux. Mais moi je grelotte dans ma grande «jacke» (blouson). J’ai tellement froid dans cette température jugée acceptable par les riverains que j’essaie d’imaginer ces immigrés clandestins qui bravent le froid de mer et atterrissent dans le vieux continent en période d’hiver.

«Ils viennent se chercher» (expression de Côte-d’Ivoire pour parler de ceux qui se débrouillent comme ils peuvent pour gagner leur vie), m’aurait-on sifflé. Ils abandonnent le soleil que je recherche depuis des jours pour la froideur. Ils viennent chercher quoi? Ce que les autres ont trouvé. Il paraît qu’après la 2ème «gbangban» (expression ivoirienne pour parler de conflits, troubles ou guerres) mondial, ici n’était pas si fameux. Ils se sont cherchés chez eux et ils ont trouvé.

Je remarque aussi qu’il y a beaucoup de femmes voilées et d’hommes barbus à la Ben Laden, lol. Archétype du terroriste dans la théorie de Bush. Des Allemands? «Nein, auf keinen fall ». On me fait savoir que ce sont des Turques. En fait, c’est à eux que les amis allemands ont fait appel pour se trouver. Cela fait longtemps qu’ils sont venus se chercher dans le pays de Merkel. Acchso. Je comprends qu’ils représentent pour l’Allemagne ce que les peulfoutas (peuls de guinée Conakry) sont pour le Sénégal et les Burkinabés pour la Côte d’Ivoire.

Je marche beaucoup et je suis un vrai noctambule. Dans mes virées nocturnes, je rentre parfois tard. Le prix du taxi est sans «wakhalé» (négociation). Quand je donne l’adresse de mon hôtel, le chauffeur regarde son écran, tape l’adresse et me lâche: «7 euros bitte». Environs 5000 frs CFA. Si je convertis, c’est pour vous. J’avais arrêté de le faire sinon je n’aurais rien acheté. Pour pisser j’ai déjà payé 1 euro (650 frs CFA) dans une station essence. Une tasse de café m’est déjà revenue à 2 euros (1300 frs CFA). Quand je pense que je peux avoir exactement 26 tasses de café touba avec cette somme, le «ndakarou» commence à me manquer. Le «tchèpe», le «yassa», le «mbakhal». Tous ces mets me manquent déjà. J’ai tellement commandé des plats aux noms kilométriques truffés de « kartoffeln » (pommes de terre) qu’ils ont comme le même goût pour moi.

Les döner kebap. J’ai commencé à raffoler de ces aliments de fastfood turques. Avec une cuisson rapide et simple, au prix moins cher, je me suis rabattu là- dessus. «Das ist nicht gesund» (ce n’est pas bon pour la santé), me lance un ami Deutscher. Je lui réponds de me laisser manger à moindre coût. Mes petits francs Cfa commencent à être rudement mis à l’épreuve.

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« Nicht gesund » mais économique pour ma poche d’Afro

Si je veux manger «gesund» ici, je risque de ne pas faire bouillir ma marmite à la fin du mois quand je serai de retour à «ndakarou». Et puis, ce que le compatriote de Mickael Ballack estime «nicht gesund» me revient à 3 euros (2000 frs CFA). 2000frs CFA pour moi au «ndakarou», c’est «sehr teuer» (très cher).

J’ai oublié de dire que dans mes péripéties, j’ai souvent dormi tard. Et pour aller travailler, un jour, je me suis permis un retard de 10 minutes car tellement l’allemande que j’ai rencontré la nuit précédente était adorable. N’allez pas penser loin. Ce n’était qu’une discussion riche avec une fille ouverte dans un café de Hannovre. Je ne sais pas si c’est mon réveil qui m’a trahi ou bien j’ai trop pensé à la fille dans mes rêves mais je me suis dit que 10 minutes, ce n’était pas si grave.

«Akh Graoul» ( c’est pas grave), comme on dit dans le pays de la Téranga. Mais quand je suis rentré dans la salle, avec les regards qui m’ont fusillé, j’ai compris que je venais de commettre un crime de lèse-majesté. Ils doivent me comprendre. Chez moi au Sénégal, l’information, c’est-à-dire l’évènement, c’est de venir à l’heure. Etre en retard de 10 minutes, c’est une prouesse. On peut considérer cela comme être là avant l’heure. Je tire le chapeau à mes amis allemands qui travaillent au Sénégal. Je me demande parfois comment ils y arrivent.

Je vais le savoir dans quelque temps, car l’aventure tire à sa fin. La durée du séjour, inscrite sur le sésame que l’on m’a remis à Dakar, va s’expirer. Je ne suis pas un candidat au mouvement des «sans-papiers». Dakar a encore besoin de moi. #Jaimelafrique.

Et qui je vois? Amélie. Cette fois ci, j’ai plus de bagages que lors de mon arrivée. «Tu veux savoir comment j’ai trouvé ici? «Sehr schön. Mais rien d’extraordinaire. Je retourne dans mon eldorado» lui dis-je. «There, sun is shining, the weather is sweet»…. ( Là bas , le soleil brille et il fait beau).

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2 réflexions sur “DE CAFES TOUBA A KARTOFFELN : Aventure d’un Afro chez Merkel

  1. Bienvenue à ndakaru – Le Soleil est bien au zénith ici. Une tasse de café touba ! Après tu garde la tasse, car la notion de poubelles publiques n’est pas à l’ordre du jour même au niveau du ministère de l’environnement dirigé de nos jours par un inconditionnel de l’environnement. Danke her Mallet und herzlich willkommen in Dakar !

  2. J’ai beaucoup de plaisir à vous lire et chaque nouveau article me parait plus instructif,plus riche et plus bien écrit que le président.Vraiment c un bon article riche d’infos et de conseils.Bonne continuation

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