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MEDIAS INTERNATIONAUX : Ces mots qui m’exacerbent

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En écoutant ou en lisant certains médias étrangers commenter  l’actualité africaine, on  constate l’usage de certains mots connotés.

Et le plus surprenant, c’est la reprise en boucle de ces vocables par  la presse en Afrique. En manque d’inspiration ou en carence d’ingéniosité, le copier-coller de certains médias africains frappe aux yeux des fins observateurs.

Régime

Pour faire allusion au président Macky Sall et de son gouvernement, il est coutume d’entendre ‘’le régime de Macky Sall’’ dans les médias occidentaux. Le mot régime n’est en soi pas méchant. Mais il fait plutôt référence au mode d’organisation d’un Etat. Parler de ‘’régime Macky Sall’’ voudrait signifier que le mode d’organisation de l’Etat du Sénégal est dicté par ce dernier.  Le régime du Sénégal est de préférence semi-présidentiel. Il est tout à fait légitime de discuter ensuite du degré de pouvoir attribuer au président. Cependant, cela ne saurait justifier l’usage du mot régime pour qualifier l’exercice du pouvoir du président. En y regardant de près, cela s’apparente à un message subliminal voulant faire passer le président de la République comme celui qui dicte les règles du jeu, donc le pays en question ne serait pas une démocratie.

Et, très souvent, ce n’est lorsqu’il s’agit  de présidents en Afrique qu’on utilise ces mots. Ceci n’est point pour dédouaner certains chefs d’Etat africains qui dirigent leurs pays d’une main de fer.

Ce qui intrigue, c’est moins l’usage du mot que l’exclusivité de son utilisation.

En France, dans les médias, on n’entend  jamais parler du régime de Hollande encore moins du règne de Sarkozy. Les médias choisissent plutôt de parler du quinquennat de Nicolas Sarkozy ou du mandat présidentiel de Hollande.

Pro

Pro est autre exemple de l’utilisation des mots que réservent les médias occidentaux à l’actualité africaine.

Dans le conflit ivoirien qui a opposé Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara après l’élection présidentielle d’Octobre 2010.  Les médias internationaux ont jugé utile d’utiliser le mot Pro pour qualifier les partisans des deux protagonistes. Ils nous ont donc servis ce mot qui rappelle la guerre froide où l’antagonisme entre  l’URSS et les États-Unis était à son paroxysme.

Dans le cas de la côte d’Ivoire,  on a vu naître les pros Gbagbo ou les pros Ouattara. Une expression qui n’a pas favorisé les rivalités au sein de la population. Elle a même contribué à polariser les oppositions. Car, pour montrer qu’il s’agit de deux blocs, il a  fallu, au plus fort de ce conflit, être pro Gbagbo ou pro Ouattara. La neutralité était de facto balancée aux oubliettes. Pour les médias, ce qui n’était pas blanc était forcément noir.

Le pire, ce sont les journaux africains qui ne se sont pas  fait prier pour reprendre ces termes. Sans moyen pour envoyer des correspondants pour couvrir le conflit, ils ne leurs restaient qu’à réutiliser les articles d’agences internationales textuellement. On a assisté à une uniformité dans le discours de la presse et à l’usage de mots repris à outrance, sans se douter que ces mots ont des charges émotionnelles et subliminales graves.

Encore une fois c’est moins l’usage de du mot qui est en cause que son l’exclusivité dans son utilisation.

Lors d’élections européennes ou américaines, les médias occidentaux font mention de partisans ou de sympathisants pour décrire les électeurs des différents candidats. On entend rarement qualifier les électeurs  démocrates de pro Obama. Dans ce cas de figure, les électeurs américains sont soit démocrates, soit républicains ou indépendants. Ils ne sont pas caricaturés de pro Obama ou pro Bush.

Dictateur

Passons maintenant au mot dictateur. Je ne suis pas un partisan de la dictature. Je fustige seulement le manque de logique et de constance inhérent à certains médias occidentaux.

On traite très souvent de dictateur le président zimbabwéen Robert Mugabé. Il est président du Zimbabwe depuis 1987.  A la tête de son pays depuis  1982, soit 5 ans de plus que Mugabé, Paul Biya n’a jamais été qualifié de dictateur. Quant au président  Omar Bongo qui a exercé ses fonctions de 1967 jusqu’à sa mort, aucune référence dictatoriale ne lui a été collée à la peau, par les médias occidentaux. Ce dernier entretenait des relations très particulières avec les gouvernements occidentaux.

On a  l’impression que la qualification de dictateur dépend des relations qu’entretiennent les chefs d’États africains avec les pays occidentaux. Les médias occidentaux le font-ils inconsciemment ou sont-ils les prolongements idéologiques de leurs gouvernements respectifs ?

L’exemple de la Lybie peut nous aider à apporter des éléments de réponse à la question. Mouammar Kadhafi n’est devenu dictateur que 42 ans après avoir dirigé la Lybie. Pendant l’exercice de son pouvoir il a toujours été qualifié par son titre honorifique de guide de la révolution libyenne par la presse occidentale et plus particulièrement celle française. On se souvient encore qu’en 2007, Kadhafi a reçu les honneurs de la France en s’autorisant à planter ses tentes dans la résidence officielles des hôtes de l’Etat.  Déjà en 2004, les Etats-Unis avaient levé leurs sanctions contre ce pays et l’Onu son embargo militaire aérien et commercial. Ce n’est qu’après qu’il fut chassé du pouvoir en 2011 par l’OTAN que la presse occidentale s’est autorisée de le qualifier de dictateur.

Ce passage de guide à dictateur n’a pas frappé aux yeux de la presse africaine. Dommage.

L’usage des mots n’étant pas innocent, une analyse mérite d’être faite au préalable avant d’utiliser certaines expressions. «L’impérialisme ce n’est pas seulement dans nos assiettes, c’est aussi les médias que nous consommons, c’est aussi notre mentalité», disait l’autre.

Les exemples sont légions. En attendant, les terroristes sont-ils des djihadistes ou ce sont les djihadistes qui sont terroristes ? Je suis un peu confus sur la question.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 réflexions sur “MEDIAS INTERNATIONAUX : Ces mots qui m’exacerbent

  1. Cher Rémi, je comprends parfaitement ta préoccupation. Je crois que les termes d’islamiste, de terroriste et fondamentaliste, de djihadistes doivent être élucidés pour que les gens fasse la part des choses.
    Au Mali, la crise à partagé une grande partie de la classe politique en pro et anti junte: des mots initiés et entretenus par la presse étrangère. Les organes nationaux n’y ont fait allusion que quelques fois. Les regroupements politiques qui se sont vus affichés ainsi ont pour la plus part réfuté les qualificatifs sans réussir à les gommer.

  2. Pertinente analyse, c’est dans ce même cadre qu’entre les termes Djihadistes, islamistes, terroristes, salafistes avec beaucoup trop d’amalgame. D’ailleurs je suis en train de préparer un pays sur ce sujet…

  3. Je partage votre réflexion. Elle est tellement vraie qu´il convient de l´étendre à des termes comme “une population vivant sous le seuil de la pauvreté” parlant des populations des pays africains. Ce fameux seuil de pauvreté qui nous est jusque là inconnu mais qui pourtant sert de référenciel pour l´évaluation quotidienne de nos pouvoirs d´achat. Dans le même temps les retraités qui ne sont plus payés en Grèce et les indignés en Espagne et au Portugal demandent un pouvoir d´achat équivalent au train de vie national. Pourtant on ne dit pas des populations de ces pays qu´elles vivent sous le seuil de la pauvreté.
    Pour finir j´aimerai attirer votre attention sur des conceptes tels que le sous-développement, l´aide au développement et pays pauvre très endetté.

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